Algérie: Le retour d’Anouar Haddam retardé

Source: 
El Watan
Anouar Haddam, ancien président de la délégation parlementaire du FIS à l’étranger et l’un des « durs » de la tendance qu’on présente comme proche du Groupe islamique armé (GIA), n’est décidément pas le bienvenu « chez lui ». Du moins, pas pour le moment.
Les autorités officielles, par le biais de l’ambassade d’Algérie à Washington, lui ont clairement signifié que son retour au pays est indésirable.
Le brusque revirement des autorités obéirait beaucoup plus aux maladresses de cet ancien dirigeant du parti dissous qui, avant même son arrivée à Alger, a fait monter les enchères en voulant se faire passer pour un personnage politique incontournable.

Dans son premier communiqué à travers lesquels il a annoncé son retour, Haddam a souligné, entre autres : « Je serai en Algérie samedi 29 octobre, et le lendemain, dimanche 30 octobre à 11h précises, je donnerai une conférence de presse. » Expliquant les raisons de son « come-back », Haddam a également noté : « Ce qui me pousse aujourd’hui à répondre favorablement à l’invitation qui m’a été faite, malgré l’état d’urgence et les périls sécuritaires induits par les équilibres nationaux actuels et liés aux clans éradicateurs, est ce que je considère comme le minimum requis pour démontrer notre disponibilité à participer activement et de manière libre à l’effort de paix national. » Un tel vacarme autour de son retour ne serait pas naturellement du goût de ses « hôtes ». A commencer par le Président Bouteflika qui aurait donné le feu vert au patron du FLN, Abdelaziz Belkhadem, pour l’inviter officiellement avant de se ressaisir devant l’ampleur des fanfaronnades d’un Haddam imbu de sa personne. Croyant presque niaisement que les vertus de la paix et de la réconciliation, qu’il découvre soudainement, lui permettent de « retaper » sa carrière politique, Anouar Haddam s’est échiné, à coups d’une panoplie de déclarations, à se tailler la stature d’un Nobel de la paix. Mais les faits sont là, têtus. Les Algériens n’ont pas oublié le fait que Haddam ait revendiqué, approuvé et salué plusieurs horribles attentats terroristes perpétrés contre des civils, des éléments des forces de sécurité, des journalistes, des intellectuels... A ceux qui ont oublié le rôle de cet intégriste dans le drame algérien, notamment Abdelaziz Belkhadem qui s’est déclaré ignorer que son « invité » ait revendiqué l’attentat du boulevard Amirouche perpétré le 13 janvier 1995, rappelons quelques faits. Au lendemain de cet ignoble attentat qui avait coûté la vie à 42 personnes, Anouar Haddam, alors exilé aux Etats-Unis, avait applaudi à l’attaque dans une déclaration reprise par la presse internationale. Ce ne fut pas la première fausse note de celui qui s’était autoproclamé président de l’instance parlementaire du FIS à l’étranger. Equilibre nationalLe professeur Mahfoudh Boucebci, éminent psychiatre et sommité mondiale dans le domaine médical, a été assassiné avec une rare sauvagerie le 15 juin 1993. L’un de ses assassins avait même un pistolet automatique mais il ne s’en est pas servi. Quelques jours plus tard, Haddam a approuvé le crime dans un entretien à l’AFP en le qualifiant de « sentence ». Notons que Boucebci faisait partie du comité de vérité sur l’assassinat de Tahar Djaout, un écrivain-journaliste assassiné quelques jours auparavant. Haddam avait également salué l’assassinat de Djilali Liabes et justifié le meurtre de plusieurs autres intellectuels. N’est-ce pas que de telles interventions, au moment même où l’Algérie sombrait dans une dérive terroriste sans précédent, font de lui un commanditaire de la barbarie intégriste si l’on ne peut plus parler tout simplement de terroriste ? Il est vrai qu’à cette époque, Haddam croyait encore à l’édification d’une république théocratique qui ne pouvait faire l’économie sur les « campagnes de purification » menées contre les intellectuels. Dans une interview publiée le 16 mai 1994 par le quotidien français Libération, Anouar Haddam a répondu d’une façon particulièrement odieuse à une question précise portant sur l’assassinat des journalistes. « Je refuse de rentrer dans de tels détails. Nous avons suggéré à nos frères moudjahidine de cibler ceux qui étaient derrière le coup d’Etat (interruption du processus électoral, ndlr). C’est-à-dire toute une équipe de laïcs extrémistes qui refusent le choix du peuple algérien. Il s’avère que, parmi eux, il y en a qui sont universitaires, journalistes, politiciens, militaires. » Tout en condamnant l’assassinat des « innocents », Haddam s’est rétracté dans la phrase qui suit en précisant que « les pseudo-intellectuels ou les pseudo-démocrates pour qui la démocratie s’arrête là où commence leur échec, ne sont pas des innocents ». Dans le même entretien, Haddam a expliqué que « le Front islamique du salut est un parti politique. Il n’était donc pas prêt pour la lutte armée. Après le coup d’Etat de décembre 1991, nous nous sommes trouvés devant une nouvelle situation. C’est pourquoi ordre a été donné pour que les gens s’organisent localement et ciblent les forces de sécurité censées se montrer garantes des institutions et respecter le choix du peuple ».

Ce sont là quelques exemples qui font d’Anouar Haddam l’un des commanditaires du terrorisme. L’un des auteurs du drame algérien que la magie de la charte pour la paix et la réconciliation nationale pourrait innocenter.

A. Benchabane

Edition du 30 octobre 2005