Iran: Le gouvernement doit annuler les condamnations à des peines de prison prononcées contre des défenseures des droits humains

Source: 
Amnesty International

Amnesty International dénonce les condamnations à des peines d'emprisonnement prononcées contre deux éminentes défenseures iraniennes des droits humains et exhorte les autorités à abandonner toutes les charges retenues contre elles. L'avocate spécialisée dans la défense des droits humains Nasrin Sotoudeh a été condamnée à 11 ans de prison, après avoir été reconnue coupable d'« agissements contre la sécurité nationale », de « propagande contre le régime » et d'appartenance au Centre de défense des droits humains (CDDH).

Ces chefs d'inculpation sont liés à son travail en faveur de la défense des droits fondamentaux depuis l'élection présidentielle controversée de 2009. Il semble que Nasrin Sotoudeh n'ait pas encore été informée de ce jugement ni de sa condamnation.

La journaliste Shiva Nazar Ahari a vu sa condamnation à quatre ans d'emprisonnement, pour « agissements contre la sécurité nationale » notamment, confirmée par une Cour d'appel dimanche 9 janvier. Elle risque également la flagellation. On ignore si ce volet de sa condamnation initiale, plus tard converti en une amende monétaire, a été maintenu.

« Proprement scandaleuses, les sentences prononcées contre Nasrin Sotoudeh et Shiva Nazar Ahari ne sont qu'une parodie de justice, s'est indigné Malcolm Smart, directeur d'Amnesty International pour le Moyen-Orient et l'Afrique du Nord.

« Les deux femmes sont condamnées pour avoir défendu avec courage les droits humains et les principes et valeurs même que le gouvernement iranien est tenu de respecter au titre des traités internationaux. La situation est tout à fait déplorable, qui permet que de telles actions soient qualifiées de menace pour la sécurité nationale ou de diffusion de propagande.

« Nasrin Sotoudeh est une prisonnière d'opinion et doit par conséquent être libérée immédiatement et sans condition. Quant à Shiva Nazar Ahari, elle ne doit pas purger sa peine, qui doit être annulée sur-le-champ. »

Nasrin Sotoudeh a été la plupart du temps détenue à l'isolement dans la tristement célèbre prison d'Evin à Téhéran, depuis son arrestation en septembre 2010 jusqu'à la fin de son procès deux mois plus tard. En outre, elle se serait vue interdire, pour une période de 20 ans, d'exercer en sa qualité d'avocate et de quitter l'Iran.

Ses avocats prévoient de faire appel du jugement rendu par la 26e chambre du tribunal révolutionnaire de Téhéran et nient qu'elle ait jamais appartenu au Centre de défense des droits humains.

Cofondée par la lauréate du prix Nobel de la paix Shirin Ebadi, que Nasrin Sotoudeh a défendue en tant qu'avocate, cette association a été fermée en décembre 2008 par les autorités iraniennes.

Shiva Nazar Ahari, arrêtée en juin 2009, a été libérée sous caution en septembre 2010. Selon certaines informations, ses avocats ne prévoient pas de demander la révision judiciaire de son dossier.

Amnesty International fait campagne en faveur de ces deux femmes depuis leur arrestation. En novembre 2010, la haut-commissaire aux droits de l'homme a demandé aux autorités iraniennes de réexaminer le dossier de Nasrin Sotoudeh et d'accélérer sa remise en liberté.

Shiva Nazar Ahari est membre du Comité des reporters des droits humains, aujourd'hui interdit. Des membres de cette organisation de défense des droits humains ont fui l'Iran, craignant pour leur sécurité, tandis que d'autres se trouvent dans les geôles iraniennes.

La condamnation de ces deux femmes s'inscrit dans le cadre d'une répression qui cible les avocats et les militants défendant les droits humains en Iran et ne se limite pas à ces deux affaires. Le 30 octobre 2010, l'avocat Mohammad Seifzadeh a été condamné à neuf ans de prison et à 10 ans d'interdiction d'exercer sa profession.

Dans ce genre d'affaires, les procès sont systématiquement iniques : les accusés ne sont pas autorisés à consulter l'avocat de leur choix et sont condamnés sur la base d'inculpations formulées en termes vagues par des tribunaux et des juges qui ne brillent pas par leur indépendance.

10 janvier 2011