France: Communiqué du Comité de Soutien à Mohamed Sifaoui

Source: 
SIAWI
Pour que Mohamed Sifaoui bénéficie d'une protection policière !
"A l'adresse de Monsieur le Président de la République,
A Monsieur le Ministre de l'Intérieur,
A Messieurs les parlementaires,
A la France entière,
Mohamed Sifaoui est un journaliste et écrivain d'investigation indépendant. Le 11 février 1996 a marqué sa chair au fer rouge à jamais. Ce jour-là, alors qu'il travaillait au siège du « Soir d'Algérie », un attentat à la bombe pulvérise les locaux du journal et une partie de la Maison de la presse qui abritait la presse indépendante algérienne. Ce jour-là, il s'en est fallu de 5 minutes pour que Mohamed Sifaoui trouve la mort. Ce jour là, Mohamed Sifaoui ramasse horrifié ce qui reste des corps sans vie, déchiquetés, de ses collègues, de ses camarades, de ses amis.. pour ainsi dire de ses frères.

5 jours plus tard, l'attentat était revendiqué par les terroristes du GIA dans la revue islamique Al-Ansar publiée à Londres.

Depuis, Mohamed Sifaoui, aujourd'hui marié et père de 4 enfants, n'a cessé d'être hanté par les visions d'horreurs de ce jour noir du 11 février 1996 où sa vie a basculé dans un gouffre. Depuis ce jour du 11 février 1996, Mohamed, souvent seul et abandonné, n'a cessé de lutter contre l'instrumentalisation de l'Islam à des fins terroristes. Il défend une lecture intelligente et philosophique des textes coraniques qu'il oppose violemment à une lecture littérale et sans aucun recul. Il prône la liberté de conscience de chaque individu.

A partir de 1999, c'est un mariage d'amour qui unit l'écrivain musulman éclairé avec la France des Lumières où il émigre comme réfugié politique. Depuis 2002 Mohamed a publié pas moins de 6 livres contre l'intégrisme islamiste, donné des dizaines de conférences et d'interviews, il a témoigné au procès de Charlie Hebdo en faveur du journal, il a soutenu Robert Redecker lorsque ce dernier fut menacé de mort par un intégristes.

Est-ce pour autant que Mohamed est en accord avec le pamphlet publié par Robert Redecker sur l'islam ? Est-ce pour autant que Mohamed Sifaoui apprécie les dessins de Charlie Hebdo ou du journal danois par qui toute la polémique des caricatures a commencé ? A ces questions, Mohamed vous répondrait avec cette humilité que nous lui connaissons qu'il est « un musulman laïque et démocrate qui refuse la compromission avec l'islamisme», qu'il épouse la pensée voltairienne, qu'il ne fait, au fond, ce qui au fond de son c¦ur lui semble être juste. Mohamed Sifaoui est l'étendard de la majorité écrasante et néanmoins baillonnée des français de confession musulmane dont un sondage de l'hebdomadaire catholique paru en janvier 2006 - quelques jours avant le début du ramadan et une semaine à peine après les propos cinglants de Benoit XVI sur l'islam - faisait voler en éclats les préjugés anti-musulmans véhiculés par certains politiques surfant sur le repli identitaire. Un sondage où 94% des français de confession musulmane sondés étaient favorables à la laïcité ; 73% favorables à la séparation de l'Etat et des religions ; 91% favorables à l'égalité entre hommes et femmes ; 78% récusaient la violence, en général, et l'idée de la lapidation des femmes adultères en terre d'islam, en particulier ; 46% trouvaient acceptable qu'un musulman se convertisse au christianisme ; et enfin 69% trouvaient normal qu'une fille musulmane épouse un non-musulman.

Il y a 6 mois pourtant, sans aucune justification, la protection policière sous laquelle il vivait depuis 2003 lui a été retirée. Depuis 6 mois Mohamed Sifaoui, abandonné, vit « comme une colombe dans les rues d'une grande ville » écrivait Hrant Dink un jour avant son assassinat en Turquie par un jeune militant d'extrême droite. Comme tant d'autres de ces journalistes courageux qui luttent contre tous les intégrismes. Comme Jaurès autrefois, il continue consciencieusement son travail. Parce que, comme l'a dit ce dernier, le « courage, c'est de chercher la vérité et de la dire ; c'est de ne pas subir la loi du mensonge triomphant qui passe et de ne pas faire écho, de notre âme, de notre bouche et de nos mains aux applaudissements imbéciles et aux huées fanatiques. »

Alors que la France tient un discours ambigu sur l'intégrisme et l'ensemble des musulmans, plongeant dans le communautarisme et que l'affaire de l'annulation d'un mariage pour cause de non virginité du tribunal de Lille attire l'attention des médias et des politiques, Mohamed Sifaoui lui, s'est toujours tenu à une ligne droite et ferme face à l'intégrisme qu'il condamne comme peu d'entre nous auraient le courage de le faire. Est-ce pour le remercier que la France, patrie autoproclamée des droits de l'Homme, enlève à Mohamed la protection policière qui lui était de bon droit attribuée. Aujourd'hui, Mohamed Sifaoui serait en droit de se demander si les valeurs universelles pour lesquelles il a épousé la France s'appliquent aussi à lui. La France aurait-elle menti à Mohamed sur ses qualités essentielles ? Il est paradoxale de pointer du doigts les pays « orientaux » pour leur manque de démocratie lorsque nous-même supprimons à nos journalistes qui se battent au quotidien pour notre démocratie l'assurance de leur sécurité physique.

Ce vendredi 13 juin, après avoir reçu une quantité innombrable d'insultes et de menaces qu'il ne compte plus, ce qui devait arriver arriva, et Mohamed a été agressé dans Paris par un individu qui a intenté à sa vie sans que personne ne bouge. Mohamed ainsi qu'un témoin de la scène ont formellement reconnu l'agresseur que les services de la section antiterroriste de la Brigade Criminelle ont identifié comme le frère de deux islamistes notoirement connus. L'un d'eux purgeant une peine de prison en France pour activités terroristes et le second, un activiste du GSPC(Groupement Salafiste de Prédication et de Combat), a été expulsé vers l'Algérie. Cet incident n'est donc pas un hasard. Ce n'est pas une agression quelconque. N'en doutons pas, Mohamed a bien été agressé par un islamiste parce qu'il représente un danger pour l'islamisme radical. Certains osent encore répondre à Mohamed qu'il n'avait qu'à pas jouer avec le feu. Ceux-là sont du même acabit que les intégristes qui répondent à une femme qui s'est faite violer, qu'elle n'avait qu'à pas se promener en jupe. C'était hier

Nous sommes vigilants sur le fait que depuis les attentats du 11 septembre 2001, nous assistons à une banalisation des discours racistes envers les musulmans de la part de médias ou de politiques surfant sur la peur de l'islam et le repli identitaire., Nous entendons ainsi attirer l'attention de l'ensemble des médias et politiques. Si la critique de toute idéologie religieuse et politique est le fondement de notre démocratie sur lequel, comme Mohamed nous ne cèderons pas, en revanche nous ne pouvons tolérer les manipulations communautaristes oeuvrant à forcer au repli identitaire des citoyens français de confession musulmane à de basses fins financières ou électoralistes. Nous ne pouvons tolérer la haine à l'encontre de l'ensemble des musulmans de France dont la majorité réduit au silence est fermement attachée aux fondements de notre République et au vivre ensemble laïc. Nous ne pouvons tolérer qu'il s'instaure au sein de la patrie des Droits de l'Homme, pour quelque raison que ce soit, des citoyens de seconde classe.

Le combat contre l'intégrisme islamiste ne se gagner qu'avec le concours de nos concitoyens de confession musulmane logiquement les premiers touchés par ce fléau. En tant qu'acteurs associatifs et politiques, nous sommes conscients que le combat républicain et laïc que la France et le monde doivent livrer aujourd'hui contre l'intégrisme n'est pas le combat des chrétiens, des juifs et des athées contre les musulmans. Comme il n'était pas au siècle des Lumières ni en 1905 celui des athées contre les chrétiens. Le combat qui doit se livrer aujourd'hui est celui de l'ensemble des esprits éclairés, quelque soit leurs croyance ou non croyances, contre les forces obscurantistes qui tentent de diviser les peuples afin de mieux les asservir. La France généreuse et laïque accepte en son sein tous ces enfants comme au temps où Aragon l'unissait en un poème. Aujourd'hui, plus de 60 ans après la libération du pays du nazisme, ensemble nous faisons nôtres ces vers dans notre lutte contre tous les intégrismes, quelque soit notre croyance ou notre non croyance, quelque soit notre orientation sexuelle ou notre sexe, quelque soit la couleur de nos peaux. Nous les déclinerons à l'infini des citoyens laïcs que nous sommes :

« Celui qui croyait au ciel celui qui n'y croyait pas Répétant le nom de celle qu'aucun des deux ne trompa Et leur sang rouge ruisselle même couleur même éclat ».

Pour que les mots Liberté, Egalité et Fraternité s'appliquent autant à Mohamed qu'à Robert et éclairent encore en lettres d'or le ciel bleu de France.

Pour que ce père de famille, marié avec 4 enfants, ne soit pas l'énième victime de l'intégrisme et de notre individualisme honteux.

Pour que nous ne laissions pas Mohamed devenir l'objet de politiques dont la morale ne vaut guère mieux.

Pour que la voix forte de Mohamed Sifaoui continue à hurler dans les oreilles des intégristes « de Dunkerque à Tamanraset » ;

Nous nous déclarons tous unis et entendons, en vertu de la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme du 10 décembre 1948 qui stipule que « tout individu a droit à la vie, à la liberté et à la sûreté de sa personne », rendre responsable le gouvernement français de toutes agressions dont pourrait faire l'objet la personne de Mohamed Sifaoui et exigeons qu'il recouvre dans les plus brefs délais et sans conditions à la protection policière qui lui a été injustement retirée.

Contre tous les intégrismes, une seule arme : l'intégrité.

Protégeons Mohamed Sifaoui, il est le coeur et l'âme de notre République libre, égalitaire, fraternelle, indivisible et laïque."

Signez la pétition : Cliquez ici !

-- Comité de Soutien à Mohamed Sifaoui

Source: Secularism is a Women's Issue (SIAWI)