Algérie: Des intellectuels dénoncent les brimades dont sont victimes les chrétiens dans leur pays

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SIAWI
Sans précédent en Algérie, l'appel «pour la tolérance» et «le respect des libertés» est signé de personnalités de premier plan.
Dans un texte rendu public hier, des intellectuels dénoncent le harcèlement des chrétiens pour «délit de prière». Les signataires expriment leur «solidarité avec la communauté chrétienne d'Algérie, cible de mesures aussi brutales qu'injustifiées». Ils affirment leur attachement «à la liberté de conscience, du droit de chacun de pratiquer la religion de son choix, ou de ne pas pratiquer ».
L'initiative intervient alors que les chrétiens d'Algérie sont l'objet depuis janvier de multiples tracasseries. Un prêtre catholique français, le père Pierre Wallez, du diocèse d'Oran, a été condamné le 30 janvier à un an de prison avec sursis. Il lui est reproché d'avoir prononcé une prière à l'occasion des fêtes de Noël pour des migrants clandestins camerounais hors d'un lieu de culte officiel. Accusé d'avoir distribué des médicaments aux Subsahariens, un médecin algérien qui l'accompagnait a écopé de deux ans de prison ferme. Le tribunal a condamné le religieux pour prosélytisme. Une accusation rejetée par Mgr Henri -Tessier, archevêque d'Alger ainsi que par le recteur de la Mosquée de Paris, Dalil Boubakeur, qui est intervenu en la faveur du condamné. «J'ai sollicité les autorités car ce cas me tient à cœur. Je suis favorable à toutes les initiatives en faveur de la tolérance», précise Dalil Boubakeur.

«Hors-la-loi»

Les évangélistes sont plus particulièrement dans le collimateur d'Alger avec la mise au pas progressive des jeunes Églises protestantes de Kabylie, une région où un éveil à la religion chrétienne est constaté depuis plus de dix ans. Les Églises de Nouvelle Ville à Tizi-Ouzou et de Tafath (Lumière) près de Fort national viennent d'être suspendues par la préfecture dans l'attente d'un «certificat de conformité». Et le ministre des Affaires religieuses, Bouabdallah Ghlamallah, a récemment qualifié les quelques milliers d'évangélistes de «hors-la-loi». Ces derniers auraient, selon lui, pour objectif de constituer «une minorité visant à favoriser l'ingérence étrangère dans les affaires intérieures». Un rapport des services de sécurité cité par le quotidien el-Khabar va plus loin en reprochant à l'Église protestante d'appeler au soutien à Israël.

Sommé de quitter le pays, le pasteur américain Hugh Johnson, 74 ans, ancien président de -l'Église protestante d'Algérie est, pour sa part, dans l'attente d'une -décision du Conseil d'État. La pétition lancée à Alger s'inquiète de cette escalade. «Nous assistons à une réaction frontale contre les croyances autres que l'islam. Les Algériens sont pourtant libres de croire ou de ne pas croire», commente le romancier Boualem Sansal. «Bouteflika cherche-t-il à donner des gages aux islamistes ?», s'interroge-t-il.

Par: Thierry Oberlé