Iran: Téhéran embastille une universitaire américaine

Source: 
Le Figaro
L'Irano-Américaine Haleh Esfandiari est accusée d'atteinte à la sécurité nationale iranienne.
Sur fond de crise nucléaire, une guerre secrète se livre entre l'Iran et les États-Unis. Comme à l'époque de la guerre froide, ces affrontements entre services secrets se font à coups d'arrestations, d'enlèvements et de disparitions. Les deux pays n'entretiennent officiellement plus de relations diplomatiques depuis 1980, et se vouent une méfiance réciproque. Rapprochés par des intérêts communs aux côtés du nouveau gouvernement irakien dominé par les chiites, Iraniens et Américains ont pourtant annoncé l'ouverture prochaine de discussions sur l'Irak et d'autres dossiers.
Mais du côté iranien, la rivalité entre les partisans d'une ligne dure et ceux, plus réalistes, qui souhaitent voir s'établir un dialogue avec Washington, s'est traduite par la multiplication d'arrestations de journalistes et d'universitaires iraniens en contact avec l'Occident. La dernière victime en date est l'universitaire américano-iranienne Haleh Esfandiari, retenue en Iran depuis le 30 décembre et incarcérée, depuis la semaine dernière, dans la prison d'Evin, à Téhéran, où sont détenus les prisonniers politiques. La directrice du programme Moyen-Orient du centre Woodrow Wilson, institut de recherche sur les relations internationales établi à Washington, est soupçonnée d'atteinte à la sécurité nationale. Selon la justice iranienne, «l'enquête suit son cours».

Haleh Esfandiari, qui possède la double nationalité iranienne et américaine, vit depuis 26 ans aux États-Unis. Elle s'était rendue en Iran en décembre pour visiter sa mère, âgée de 93 ans et malade. Alors qu'elle s'apprêtait à quitter Téhéran quelques jours plus tard, son taxi a été attaqué sur la route de l'aéroport par trois hommes masqués qui lui ont dérobé ses passeports, l'empêchant de quitter le pays. Quelques jours plus tard, en cherchant à faire remplacer ces documents, elle a été longuement interrogée par les services de renseignement sur les activités du département qu'elle dirige au centre Woodrow Wilson. Depuis, elle est bloquée à Téhéran.

Ligne dure

Selon un communiqué du centre universitaire américain, elle aurait été pressée de signer des «aveux», avant d'être finalement, la semaine dernière, emprisonnée à Evin. Son arrestation pourrait s'inscrire dans le cadre de l'affrontement qui oppose, à Téhéran, les tenants d'une ligne dure vis-à-vis des États-Unis à ceux favorables à une approche plus réaliste. Haleh Esfandiari et le centre Woodrow Wilson sont, à Washington, partisans d'un dialogue avec l'Iran, contrairement à beaucoup de « think tanks » américains. La chercheuse aurait aussi été en contact avec l'ancien président Hachemi Rafsandjani, l'un des chefs de file des «réalistes».

La semaine dernière, Hossein Mossavian, l'un des anciens responsables des négociations sur le nucléaire iranien et lui aussi proche de Rafsandjani, a été emprisonné avant d'être libéré sous caution. Malgré son attitude généralement radicale vis-à-vis des États-Unis, le président Ahmadinejad a été lui-même critiqué hier par des journaux et des députés conservateurs pour sa décision d'ouvrir des discussions avec les États-Unis à propos de l'Irak.

16 mai 2007