Australie: L’appui du mufti australien à l’Iran scandalise la classe politique

Source: 
Le Monde
Le cheikh Taj Al-Din Al-Hilali, l’un des plus hauts dignitaires religieux musulmans australiens, se trouve au coeur d’une nouvelle polémique qui pourrait bien lui coûter son titre de mufti d’Australie.
Lors d’un récent voyage à Téhéran, le chef religieux aurait appelé le monde islamique à s’unir pour soutenir la République islamique d’Iran.
Les propos, rapportés samedi 7 avril sur le site Internet de la chaîne iranienne Al-Alam, ont provoqué l’ire du monde politique australien. John Howard, le premier ministre, a demandé qu’un nouveau mufti soit nommé, se disant " désolé pour les 99% d’Australiens musulmans (...) embarrassés par cet homme ".

Kevin Rudd, le chef du Parti travailliste (opposition), a lui aussi réclamé que le cheikh Hilali soit privé de son titre. Le ministre de l’immigration, Kevin Andrews, a même affirmé qu’il était temps que le mufti, pourtant citoyen australien, pense à quitter le pays.

M. Hilali, Egyptien d’origine arrivé en Australie en 1982, est coutumier des déclarations polémiques. En 2006, il avait comparé les femmes légèrement vêtues et non voilées à de la "viande à l’étal".

Il s’était ensuite moqué, sur une chaîne de télévision égyptienne, des origines des Australiens, arrivés comme forçats sur le continent.

Dans la communauté musulmane, de nombreuses voix se sont de nouveau élevées pour condamner les récents propos du cheikh. Haset Sali, ancien avocat de la Fédération australienne des conseils islamiques (AFIC) - laquelle a nommé le mufti en 1988 - a fait savoir que "M. Hilali ne représente pas l’opinion de l’écrasante majorité".

"Il servirait mieux son peuple en quittant son poste de mufti", a affirmé Ameer Ali, une autre figure éminente de la communauté.

"Le cheikh aurait dû partir il y a six mois, après ses déclarations sur les femmes", plaide Shakira Hussein, chercheuse musulmane et directrice de Shalom, Pax, Salam, un magazine interreligieux sur Internet. "Il nuit à la cause des musulmans modérés", ajoute-t-elle.

M. Hilali se retrouve donc en position délicate, d’autant plus qu’il est soupçonné d’avoir versé des dons destinés aux victimes libanaises de la guerre entre Israël et le Hezbollah, en 2006, à un proche du Parti de Dieu. En Turquie, où il se trouve actuellement, il a répondu aux attaques du gouvernement en affirmant qu’il était "plus australien" que M. Howard, qu’il a comparé à un dictateur.

Bien que très embarrassée, la Fédération australienne des conseils islamiques ne souhaite pas - officiellement - mettre fin aux fonctions du cheikh pour l’instant. Elle a néanmoins suspendu son salaire depuis quelques mois. En théorie, le Conseil national des imams devra déterminer au mois de juin si M. Hilali peut conserver le titre de mufti d’Australie.

15 avril 2007