France: Controverse sur une image de Mahomet

Source: 
Le Figaro
Miniature du Prophète a été "floutée" dans un livre d'histoire-géographie. Une forme d'autocensure de l'éditeur dénoncée par des défenseurs de la laïcité.
Certains enseignants ont tendance à éviter les sujets qui fâ-chent en classe. Désormais, des éditeurs sont aussi enclins à l'autocensure. Le lycée Léonard-de-Vinci à Ec-quevilly (Yvelines) a reçu à la rentrée scolaire un manuel d'histoire-géographie de>cinquième édité par Belin, où le visage du Prophète Mahomet, sur une miniature du XIIIe siècle illustrant un chapitre consacré au monde musulman, avait été «flouté».
Des enseignants de l'établissement et le proviseur ont alors écrit à l'éditeur pour demander que les manuels «soient conformes au spécimen qu'ils avaient consulté avant de le choisir» et qui ne comportait pas de visage effacé. L'éditeur refuse aujourd'hui de reprendre les ouvrages et a justifié sa décision de modifier l'image pour «ne pas créer de problèmes avec des élèves», puisque l'islam interdit la>représentation du prophète. «Il nous a proposé de nous renvoyer la page non floutée», précise-t-on au lycée.

Une «démarche contraire à celle de l'historien»

Animateur du site Internet www.atheisme.org, Jocelyn Bézecourt a dévoilé l'affaire pour dénoncer ce «cas d'autocensure». Il estime que ce comportement conforte un petit nombre d'obscurantistes. De même au SNES, principal syndicat d'enseignants du secondaire, on se dit choqué, tout en précisant avoir tous les jours connaissance de tels problèmes. «De plus en plus d'enseignants préfèrent ne pas aborder certaines questions touchant à la religion. Il est regrettable que les éditeurs les relaient.» Pour Alice Cardoso, en charge du groupe histoire-géographie au Snes, il est «injustifiable de manipuler une source. Sur le fond, on ne peut que condamner ce procédé, c'est une démarche contraire à celle de l'historien».

Selon Belin, la décision de floutage a été prise à l'été 2005. Bien longtemps donc avant que l'affaire des caricatures de Mahomet n'éclate. Marie-Claude Brossolet, PDG de la maison, ne regrette pas son choix, car un éditeur de manuel scolaire est responsable, selon elle «de la paix dans les classes». Plusieurs enseignants, lors de la présentation du livre, avaient fait part du caractère provocant d'une telle représentation «et de la difficulté d'enseigner dans des classes hétérogènes où plusieurs nationalités et religions se côtoient», justifie-t-elle.

Les manuels d'histoire-géographie sont très exposés à la controverse: «Quand nous pu-blions un texte de Théophile Gautier, on nous accuse d'antisémitisme, du fait des convictions du poète, et quand il s'agit d'une carte de France des langues, les organisations de défense de l'occitan nous appellent.» Belin estime qu'à chaque publication de ces manuels au moins un tiers des lecteurs sont en désaccord avec leur contenu.

Par Marie-Estelle Pech., le 07 avril 2007